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La séquence de Pierre Robin n'est pas une maladie, mais un enchaînement de malformations : il se forme d'abord un menton trop petit (micrognathie), qui pousse la langue vers l'arrière (glossoptose) et empêche ainsi la fermeture du palais, créant une fente palatine en forme de U. Le problème principal après la naissance est l'obstruction des voies aériennes. L'objectif de la prise en charge initiale est de sécuriser les voies aériennes – par étapes, du décubitus ventral à la canule nasopharyngée jusqu'à la distraction osteogénique mandibulaire.

La triade – une séquence, pas un syndrome

Pourquoi « séquence » et non « syndrome » ?

Dans une séquence, une chaîne de malformations résulte d'une cause primaire. Dans la SPR, cette cause est une mandibule trop petite ou trop reculée : la langue ne peut pas descendre → maintient les moitiés du palais écartées → il se forme une fente palatine caractéristique en U (et non en V). Le cerveau n'est pas atteint.

  1. Micrognathie / rétrognathie : la mandibule est trop petite ou trop reculée. L'essentiel n'est pas la taille absolue, mais l'absence d'avancée jusqu'à la 11e semaine de grossesse.
  2. Glossoptose : en décubitus dorsal, la langue tombe dans le pharynx – apnées obstructives, potentiellement mortelles dans les cas graves.
  3. Fente palatine : présente dans 70–80 % des cas ; presque toujours en U (voile, parfois aussi palais dur) – contrairement à la fente palatine isolée en V.

Prévalence : env. 1 : 8 000–14 000 (les estimations varient selon les critères diagnostiques). Dans 50–70 % des cas, la SPR est isolée ; dans 30–50 %, un syndrome est présent.

SPR isolée vs SPR syndromique – pourquoi la distinction est importante

AspectSPR isoléeSPR syndromique
Forme de la fente palatineen Uen U (ou complexe)
Rattrapage de croissance mandibulaireBon (souvent complet jusqu'à l'âge scolaire)Variable, souvent incomplet
IntelligenceNormaleVariable selon le syndrome
PronosticBon ; souvent normal à l'âge adulteDépend du syndrome
Bilan génétiqueRecommandé (pour exclure un syndrome)Obligatoire

Syndrome de Stickler – cause la plus fréquente de la SPR syndromique

Env. 30–35 % des SPR syndromiques sont des syndromes de Stickler (COL2A1, COL11A1/A2). Signes clés : myopie forte, hyperlaxité articulaire, surdité de perception, risque de décollement de rétine. Le contrôle ophtalmologique est obligatoire.

Quand un syndrome se cache derrière la SPR

SyndromeFréquence dans la SPRSignes clésGène
Stickler30–35 % des SPR syndr.Myopie, problèmes articulaires, surdité de perception, décollement de rétineCOL2A1, COL11A1
Délétion 22q11.2 (DiGeorge/VCF)env. 10–15 %Cardiopathie, déficit immunitaire, IVP (insuffisance vélopharyngée), troubles d'apprentissage, troubles de la voix22q11.2
CHARGErareColobomes, cardiopathie, atrésie des choanes, retard de croissanceCHD7
Treacher CollinsrareHypoplasie des pommettes et de la mandibule, malformation de l'oreille externeTCOF1
Trisomie 18rarePolyhandicap sévèreChromosome 18

Plus d'informations sur l'IVP et les conséquences langagières du syndrome 22q11.2 :

Voies aériennes et alimentation – les deux défis immédiats

Obstruction des voies aériennes

La glossoptose provoque des apnées obstructives – en décubitus dorsal, la langue tombe passivement dans le pharynx. La sévérité va d'une obstruction discrète en décubitus dorsal à une menace vitale. La pulsoxymétrie et le monitorage sont obligatoires dans les premiers jours de vie.

Difficultés d'alimentation

Micrognathie + glossoptose + fente palatine rendent la succion coordonnée très difficile. Des biberons spéciaux, une position de boire adaptée (verticale, 45–90°) ou une alimentation par sonde nasogastrique peuvent être nécessaires.

Troubles auditifs

Fente palatine → dysfonction tubaire → épanchements récidivants de l'oreille moyenne (otite moyenne avec épanchement). Dépistage auditif précoce (PEA/BERA) et contrôles audiologiques réguliers. Aérateurs transtympaniques en cas d'épanchements persistants.

Objectif : éviter la trachéotomie

Principe de base

Le traitement est strictement par paliers et dépend de la sévérité de l'obstruction. Chaque palier n'est franchi que si le précédent ne suffit pas. Avec cette approche, la trachéotomie peut être évitée dans la grande majorité des cas.

PalierMesureIndicationTimingDurée
1Décubitus ventral / latéralObstruction légère uniquement en décubitus dorsalImmédiatement après la naissanceJusqu'à l'amélioration
2Canule nasopharyngée (NPA)Obstruction moyenne, décubitus ventral insuffisantNéonatalSemaines à mois
3Distraction mandibulaire (MDO)Obstruction sévère, échec ou dépendance à la NPASemaine de vie 1–4Définitif
4Adhésion langue-lèvre (TLA)Rare ; lorsque la MDO n'est pas possibleAu besoinTemporaire
5TrachéotomieUltime recours en cas d'échec de toutes les autres mesuresAu besoinJusqu'à correction possible

Distraction osteogénique mandibulaire (MDO) – détails

Dans la MDO, la mandibule est allongée chirurgicalement par une ostéotomie : des distracteurs écartent les segments osseux de 1 mm par jour. Sur 14–21 jours, un nouvel os se forme (formation de cal), la mandibule est allongée de 10–15 mm.

  • Effet : la langue est avancée, le pharynx s'ouvre – l'obstruction des voies aériennes est définitivement levée
  • Âge optimal : 4–6 premières semaines de vie ; plus c'est précoce, meilleur est le rattrapage de croissance
  • Distracteurs : externes (percutanés, retirés plus tard) ou internes (plastique résorbable ou titane, second temps)
  • Résultat : dans les études, taux de trachéotomie < 5 % avec MDO vs 30–40 % sans intervention précoce

Timing, rattrapage de croissance et suivi

Timing de la fermeture du palais dans la SPR

Plus tard que dans la fente palatine isolée

Dans la SPR, la fermeture du palais est généralement planifiée à 12–18 mois – et non à 9–12 mois comme dans la fente isolée. Raisons : (1) observer le rattrapage de croissance de la mandibule ; (2) mieux évaluer le risque respiratoire après l'anesthésie ; (3) attendre les rapports maxillaires après la MDO.

Rattrapage de croissance de la mandibule

Dans la SPR isolée, la mandibule présente, dès les premiers mois de vie, un net rattrapage de croissance. Chez env. 70–80 % des enfants avec SPR isolée, la mandibule est cliniquement normale à l'âge scolaire (6–7 ans). Des contrôles orthodontiques réguliers restent toutefois importants – une partie nécessite à l'âge adulte une chirurgie orthognathique de correction.

Suivi interdisciplinaire

SpécialitéContrôles / mesures
Chirurgie maxillo-facialeÉvolution de la croissance, planification orthognathique
OrthodontiePlaque palatine néonatale, rétention, dysgnathie
ORL / audiologieDépistage auditif, aérateurs, monitorage de l'apnée du sommeil
OrthophonieConseil pour l'alimentation, développement du langage, IVP
OphtalmologieObligatoire en cas de syndrome de Stickler (décollement de rétine)
Génétique médicaleBilan syndromique, conseil familial
Néonatologie / pédiatrieAlimentation, croissance, développement

Centres spécialisés

La SPR nécessite une évaluation néonatologique immédiate et une prise en charge interdisciplinaire pendant de nombreuses années.

  • Kispi Zurich : néonatologie, chirurgie maxillo-faciale, ORL, orthophonie, orthodontie – plus grand centre de Suisse
  • CHUV Lausanne : néonatologie, chirurgie craniofaciale pédiatrique
  • UKBB Bâle : néonatologie, chirurgie maxillo-faciale
  • Inselspital Berne : néonatologie, chirurgie maxillo-faciale
  • HUG Genève : néonatologie, chirurgie pédiatrique

Financement : toutes les mesures aiguës (NPA, MDO, fermeture du palais, aérateurs, orthophonie sur prescription) sont en règle générale couvertes par la LAMal. Dans les formes syndromiques, des prestations AI complémentaires sont possibles.

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Traitement & chirurgie

Informations complémentaires

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